Une PME en temps de pandémie : bilan d’un gestionnaire!

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PME en temps de pandémie

Bientôt un an après le premier confinement au Québec, comment nous sommes-nous adaptés au télétravail? Qu’en restera-t-il par la suite?

Comment gérer une PME en temps de pandémie? Bilan d’un gestionnaire.

Raymond Landry est homme d’affaires, mentor, conférencier et auteur. Il évolue depuis plusieurs décennies dans l’univers de la PME. Il œuvre principalement dans les domaines du transport, de la fabrication et de la distribution. Nous lui avons demandé de partager avec nous son cheminement des derniers mois.

Son expérience n’est pas unique. Du jour au lendemain, des milliers d’entreprises ont eu à apprivoiser de nouvelles façons de travailler. Peut-être serez-vous plusieurs à vous reconnaître dans certains aspects de ce témoignage?

13 mars 2020

Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez le 13 mars 2020, quand on a annoncé un confinement au Québec? Moi, oui. J’étais dans mon bureau, à deux jours d’un voyage. Ma responsable des RH est venue m’aviser que je devais annuler ce projet. Je pensais alors reporter mes vacances de quelques semaines. Un an plus tard, je ne suis toujours pas parti!

Ce n’est pas le sujet de cet article, me direz-vous, mais l’anecdote reflète à quel point la pandémie a tout bousculé.

L’importance des décisions rapides

En gestion d’entreprise, on a l’habitude des circonstances qui exigent des décisions rapides. Mais j’avoue que cette fois-ci, personne ne se sentait totalement en contrôle de la situation! On ne savait pas comment gérer une PME en temps de pandémie.

Au début, l’incrédulité a dominé. C’était trop gros et trop nouveau pour tous. On a immédiatement réuni les équipes et on a attaqué le problème de front. On savait que tous ceux qui le pouvaient devaient passer en mode télétravail. Mais ce constat venait avec des questions d’ordre pratique :

  • En combien de temps pourrions-nous être de nouveau fonctionnels et efficaces?
  • Les employés étaient-ils outillés pour travailler à distance?
  • Comment les équiper, et quel budget y allouer?
  • Qu’en serait-il de la sécurité informatique?

Je me suis souvenu du moment où j’ai découvert les espaces de coworking, en 2015. J’ai été impressionné par les possibilités d’un tel modèle. J’avais alors demandé à mon technicien informatique de permettre à quiconque dans l’entreprise de travailler à distance de façon sécuritaire. Je tenais à ce que tous puissent, au besoin, procéder comme nos vendeurs le faisaient déjà.

Vous dire le manque d’enthousiasme de mes collègues quand j’étais arrivé avec cette idée. Cinq ans plus tard, je me suis félicité d’avoir insisté!

Une question d’efforts concertés

Mais entre la théorie et la pratique, il y a une différence. Notre technicien informatique, nerveux, tenait à ce que tout soit fait dans les règles de l’art. Les gestionnaires étaient surtout préoccupés par le fait de retrouver un rythme de croisière acceptable le plus rapidement possible. Les employés, quant à eux, ont fait preuve d’une grande souplesse!

Nous bénéficions déjà d’une bonne politique de conciliation travail-famille. Mais un parent travaillant de chez lui quelques jours, et des bureaux qui se vident pour des mois, c’est différent! Nous souhaitions aider nos employés à profiter des meilleures conditions de travail possible. Nous tâchions de tenir le cap avec notre PME en temps de pandémie.

Cela nécessitait, selon nous, le bon équipement, un emplacement adéquat et une définition claire des projets et des tâches. Or, en une semaine d’efforts concertés — et considérables —, nous avons réussi à installer tout le monde en télétravail. Je dois l’avouer, j’ai alors ressenti une grande fierté envers nos équipes.

Apprivoiser le télétravail

Alors, dans la réalité de tous les jours, comment cela s’est-il déroulé? Comme dans toute situation, vous vous en doutez, il y a eu des avantages et des inconvénients. Ainsi, pour les parents d’enfants qui n’allaient soudain plus à l’école, la tranquillité devenait un défi. Pour d’autres, c’est l’autodiscipline qui devenait un enjeu. Mais dans l’ensemble, voici ce qui est ressorti :

Avantages du télétravail

  • Diminution importante du temps passé à voyager, économies d’essence et dépréciation de la voiture réduite;
  • Flexibilité accrue dans la vie des télétravailleurs, notamment concernant l’horaire;
  • Occasion de se démarquer quant à sa capacité à gérer ses priorités avec professionnalisme;
  • Obligation de structurer mieux les réunions : gain de temps et d’efficacité.

Inconvénients du télétravail

  • Coûts importants rattachés à l’installation des employés;
  • Disparition quasi totale du réseautage;
  • Solitude et isolement chez certains membres de l’équipe;
  • Caractère moins personnel et plus ardu des réunions virtuelles.

Honnêtement, selon la lecture que j’en fais, les réels inconvénients ne se situent pas dans l’aspect pratique du travail à distance. C’est davantage l’humain qui souffre de cette façon de faire. Bien sûr, c’est une question de personnalité. Certains gèrent bien le fait de travailler dans leur bulle. Mais pour les autres qui ont besoin de relations humaines constantes, c’est plus compliqué.

Cela dit, dans les premières semaines, rien de tout cela n’était visible. Tous, nous étions sur le mode solidarité et découverte de cette nouvelle réalité. Mais le temps est passé. En novembre, nous apprenions que notre temps des fêtes ne serait pas celui que nous attendions. Là, j’ai constaté les premiers signes d’un essoufflement réel chez les employés. Il ne s’agissait plus seulement de gérer une PME en temps de pandémie, je devais accorder la priorité à l’humain.

Le coût humain d’une PME en temps de pandémie

La détresse est un sentiment insidieux, qui s’installe sans trop faire de bruit. Les mesures sanitaires, le masque, le lavage des mains, tout cela est acquis, aujourd’hui. Les gens avec qui je travaille souffrent surtout du manque de contacts réels. Le langage corporel, qui compte pour 70 % de la communication, n’a pas la même puissance en Zoom ou en Teams.

La productivité en souffre. Des gens démotivés effectuent leur travail, mais font moins preuve d’innovation. Je déploie beaucoup d’énergie à motiver les troupes, à essayer de les inspirer. Il est important aussi de rester à l’écoute des besoins de chacun. Je demeure en constante recherche de solutions, pour qu’ils tiennent le coup jusqu’au déconfinement, pour nourrir leur capacité de résilience.

Je pense entre autres à cette employée qui a fini par me demander de revenir au moins un peu au bureau. Elle n’en pouvait plus de vivre constamment à la maison. Elle avait besoin de rencontrer des gens, d’échanger avec d’autres personnes pendant son heure de lunch, de changer de décor.

Nous sommes une soixantaine au bureau. Nous avons opté pour une rotation de présences, pour respecter les mesures sanitaires et assurer la sécurité de tous. Ainsi, ce sont environ 12 personnes qui peuvent venir au bureau, à tour de rôle. Cette mesure est la bienvenue au sein de l’équipe!

Ce qui restera de l’expérience d’une PME en temps de pandémie

Ce portrait est sommaire, mais il résume les derniers mois de notre PME. Selon moi, toute chose apporte son lot de bons côtés, et on peut toujours en tirer des apprentissages. Ainsi, je crois que certains changements sont là pour demeurer. Une meilleure compréhension du télétravail de la part des employeurs, notamment.

En effet, on verra sans doute apparaître plus de modèles hybrides d’organisation du travail. Des formules qui permettront davantage le télétravail. Quelle forme cela prendra-t-il? Y aura-t-il plus d’espaces de coworking? Plus de rotation parmi les employés qui travaillent sur place et ceux qui travaillent à distance? Conserverons-nous notre capacité à abréger certaines réunions qui, auparavant, s’éternisaient?

Cela changera-t-il la vision qu’ont les employeurs de leurs employés? Nombreux sont ceux, parmi ces derniers, qui auront prouvé qu’ils peuvent gérer leur temps eux-mêmes. Nous dirigeons-nous vers une nouvelle ère, où la hiérarchie se verra (enfin, si vous voulez mon avis) bousculée?

Ce ne sont là que des questions à creuser et des pistes de réflexion. Le temps nous permettra d’y répondre tranquillement. Quoi qu’il en soit, je pense qu’on sortira plus forts d’avoir eu à gérer une PME en temps de pandémie. Et j’aime à penser que l’humain arrivera à tirer le meilleur parti de ces apprentissages.

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Raymond Landry

Raymond Landry a travaillé au sein de la Banque Nationale du Canada pendant 18 ans. Il agissait à titre de directeur de comptes commerciaux lorsqu’il a quitté la banque pour fonder sa propre entreprise en 1987. Tout au long de sa carrière, il est venu en aide à plusieurs entreprises, comme conseillé d’affaires. Il œuvre donc au sein des PME depuis plus de 35 ans. Il agit aujourd’hui à titre de CFO chez Boscus Canada Inc.

Il est également actionnaire et administrateur de plusieurs entreprises, membre de la Corporation des administrateurs agréés (Adm. A.) et de l’Institut des conseillers en management du Québec (CMC). Il voue une passion à l’écriture, il a publié de nombreux livres et publications touchant le domaine des affaires et de la croissance personnelle, notamment Apprivoiser le changement et réussir, Croître grâce au partenariat, et Faire croître et rentabiliser votre PME. Son prochain ouvrage, Directeur général, relève et coaching, paraîtra en 2020.

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